Le présentéisme

Le concept de « présentéisme » est largement discuté dans les travaux de Éric Gosselin, Ph.D., professeur titulaire en psychologie du travail et des organisations au Département de relations industrielles de l’Université du Québec en Outaouais. « Le présentéisme caractérise le comportement du travailleur qui, malgré des problèmes de santé physique et/ou psychologique nécessitant de s’absenter, persiste à se présenter au travail ». Compte tenu de la présence d’une symptomatologie active, les travailleurs « présentéistes » seraient ainsi moins productifs de 30 % et plus (Gosselin et Lauzier, 2011).

Évolution du concept

Dans les années ’70, le présentéisme était un comportement valorisé par les employeurs afin de restreindre les coûts occasionnés par les travailleurs absents ; il était l’antidote à l’absentéisme. Les programmes d’assiduité au travail ainsi que les primes et les encouragements associés étaient l’apanage des organisations pour encourager la croissance du présentéisme permettant de lutter contre l’absentéisme.

Vingt ans plus tard, dans les années ’90, les conséquences néfastes de ce comportement sont observées : la santé physique et psychologique des travailleurs qui se surinvestissent (workalism) est minée et le présentéisme favorise l’apparition d’une symptomatologie variée et fragilise l’état de santé du travailleur.

Au début des années 2000, le présentéisme n’est plus associé à un processus menant à des problèmes de santé. Il est maintenant considéré comme un comportement basé sur une affection particulière : se présenter au travail alors que l’état de santé physique ou psychologique limite la capacité de production. Cette réduction de la productivité au travail est la conséquence des symptômes physiques, émotionnels et/ou cognitifs présentés par le travailleur.

Évaluation du présentéisme

Selon Gosselin et Lauzier, le présentéisme est déterminé par trois niveaux de conditions : sa nature, ses causes et ses manifestations.

La nature du présentéisme peut être reliée aux problèmes de santé physique qui amènent des restrictions fonctionnelles temporaires et des symptômes secondaires qui diminuent les capacités de la personne (fièvre, nausée, étourdissement, douleur d’origine musculosquelettique et autres). Elle peut aussi être reliée aux problèmes de santé psychologique qui diminuent les capacités cognitives et émotionnelles (baisse de la concentration, erreur de jugement, difficultés relationnelles et autres).

Les causes du présentéisme détermineront pourquoi la personne persiste à travailler alors qu’elle est malade. Le présentéisme volontaire est tributaire d’une décision personnelle pouvant être basée sur des facteurs individuels : sens de l’engagement envers son travail, professionnalisme, satisfaction au travail, dynamique familiale et autres. Cette décision peut aussi être liée à des facteurs organisationnels : insécurité d’emploi, crainte d’une surcharge de travail au retour du congé ou crainte d’une surcharge de travail pour ses collègues lors de l’absence. Les médecins et les gestionnaires sont souvent ciblés dans ce type de présentéisme.
Le présentéisme involontaire est caractérisé par des motifs sous-jacents à l’impossibilité pour le travailleur de s’absenter ou par le coût démesurément élevé de le faire. Il est lié à des facteurs de l’organisation de travail. Une situation économique précaire, peu ou pas de congé de maladie, la crainte des conséquences négatives (stigmatisation/insécurité d’emploi), l’impossibilité d’être remplacé et devoir assumer une surcharge de travail au retour en sont quelques exemples.  Selon Brun et Biron (2006), cette forme de présentéisme est la plus fréquente et représenterait 54,4 % des comportements de présentéisme au travail.

Les manifestations du présentéisme réfèrent à l’aspect temporel de ce comportement. Est-il épisodique ou chronique ? Le travailleur dont le rendement au travail est diminué occasionnellement par des symptômes tels une migraine, une grippe, un mal de dos ou une humeur triste passagère présente un présentéisme épisodique. Certaines maladies, telles les problèmes cardiaques, la dépression, l’arthrite et la douleur chronique peuvent induire une baisse de rendement au travail de façon répétée ou prolongée. On parlera ici d’un présentéisme chronique. Les troubles musculosquelettiques, les désordres dépressifs et anxieux seraient les problèmes de santé ayant la plus grande incidence sur la fréquence du présentéisme. Mentionnons finalement que c’est le présentéisme chronique qu’il importe surtout de contrer puisqu’il prédit des absences prolongées en cas d’invalidité.

Je termine en citant Jean-Pierre Brun, titulaire de la chaire de gestion en santé et sécurité du travail de l’Université Laval : « Le présentéisme est un indicateur précoce de prévention sur lequel on peut et doit agir parce qu’il signifie que le milieu de travail est aux prises avec des conditions à risque pour la santé des personnes ».

Évaluer l’ampleur du présentéisme au sein de son organisation, ses natures, ses causes et ses manifestations, est le premier pas vers une gestion préventive de la présence au travail et de l’invalidité.

Johanne Marois, ergothérapeute

 

Bibliographie

Brun, J.-P. et Biron, C., (2006). « Absentéisme et préesntéisme : entre la maladie, la paresse ouvrière et la responsabilité professionnelle ». Communication présentée au 74° Congrès de l’ACFAS.

Gosselin, É. et Lauzier, M. (2011). Le présentéisme – Lorsque la présence d’est pas garante de la performance. Revue française de gestion, N° 211, 15-27.

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